Making of

Je partage avec vous les coulisses de mon processus créatif.

1. Avant de se lancer!

L'auteur en version Shamouraï qui court vers l'aventure équipé de son sac à dos rempli de matériels de dessin

Une des choses que j’aurais aimé savoir avant de me lancer dans cette folle aventure, l’édition de mon manga, c’est la partie concrétisation de ce manga. Et je vous assure que vous n’avez pas envie de reprendre tout le projet à cause d’une omission de votre part comme par exemple, les fonds perdus dont à besoin l’imprimeur, lorsqu’il coupe vos feuilles aux dimensions voulues. Cette étape peut être mûrie au fil de l’écriture du synopsis. Je trouve, cependant, important de définir l’aspect que vous souhaitez donner à votre œuvre avant de vous lancer. Pour cela, renseignez-vous sur les aspects techniques de la fabrication d’un manga. Cela semble prématuré, mais ça va vous faire gagner un temps phénoménal. Tout doit être défini dès le début afin de préparer les gabarits des planches et des fichiers.

Voici une liste non exhaustive de ce que vous devriez lister :

  • Les Dimensions des pages (planches) de votre manga
  • La colorimétrie de votre manuscrit (Noir et Blanc) et de votre couverture (CMJN)
  • Le nombre de pages pour le calcul de l’épaisseur du dos de votre manga
  • Les dimensions des fonds perdus et des marges (petit et grand fond pour les textes)
  • Les dimensions entre les bandes et les cases
  • Le sens de lecture et la symétrie des références page droite et gauche
  • La résolution du fichier pour un rendu optimal qui est de 300 PPP
  • Le format du document qui est bien souvent le pdf
  • Le poids du document maximum attendu par l’imprimeur
L'auteur en version Shamouraï qui pointe à l'aide d'un laser la page de référence utilisée pour le manga Shamouraï.

Noter tout cela sur une fiche descriptive accompagnée du titre de votre projet.


2. Écriture du synopsis

L'auteur en version Shamouraï qui tape le synopsis à la machine à écrire

Le fait d’écrire votre histoire va vous permettre de poser les bases de votre projet, de vivre votre histoire et d’avoir ainsi une vision de l’étendue du travail à fournir. Allez jusqu’à la fin du récit. Très franchement, c’est une étape complexe, car structurer, ficeler et rythmer une histoire cohérente et palpitante demande beaucoup de travail. N’étant pas un grand écrivain, j’ai tout de même réussi à m’en sortir avec quelques principes :

  • Synthétiser l’idée en un bref descriptif de l’univers du manga (1 page maximum)
  • Définir les personnages (leur caractère et leurs aspirations accompagnés de croquis)
  • Étudier et esquisser les lieux importants (recherche et documentation pour les références)
  • Définir la structure de l’histoire et des chapitres (ex: linéaire, enchâssée, à répétition…)
  • Écrire l’histoire (autant de pages que nécessaire)
  • Résumer le tout en un synopsis par tome
Une photo du scénario du tome 1.

Cette longue étape qui est cruciale, demande une bonne dose d’inspiration. Pour ma part, je l’ai souvent trouvée en faisant autre chose, mais chaque artiste a sa façon de stimuler sa créativité. Si vous éprouvez des difficultés à écrire, vous pouvez travailler avec un auteur, mais je vous en prie n’utilisez pas l’intelligence artificielle. Faites quelque chose d’imparfait, mais d’authentique, c’est mieux.

Moyens utilisés : logiciel de traitement de texte comme Word ou Pages, ou à l'ancienne avec un carnet.

3. Séquencer par chapitre

L'auteur en version Shamouraï qui découpe un texte à l'aide d'un katana.

Maintenant, il faut affiner le déroulement de l’histoire de votre manga. En y regardant de plus près, les tomes sont découpés en chapitres. C’est ce que vous devez faire avec le synopsis de votre tome. Cela permet de rythmer le récit et de permettre une tension de lecture suffisante pour que les lecteurs dévorent votre ouvrage. Il ne faut pas faire l’erreur de surcharger un chapitre avec trop d’informations donc ne gardez que l’essentiel. Si le synopsis est une ébauche, le "séquencier" en est la finition. Chaque chapitre doit être structuré comme vous l’entendez afin de ne pas vous égarer lors de l’étape suivante. Ce sera votre feuille de route.

Une photo d'une des pages du séquencier du Tome 3.

Notez que la plupart des auteurs structurent leurs chapitres de plusieurs façons différentes, mais la finalité reste souvent la même, créer une situation de suspense intense juste avant la fin du chapitre.


4. Tablette de chocolat, Storyboard et Scénario

L'auteur en version Shamouraï qui fait des abdos au sol.

J’ai volontairement regroupé ces trois étapes en une seule. Grâce à cette fusion, je gagne en efficacité, car je travaille parallèlement les trois supports. J’obtiens ainsi un gain de temps, car je ne suis plus obligé de rectifier l’un ou l’autre de mes éléments pour qu’ils soient en adéquation.

Une photo d'une des pages du story-board du tome 3.
  • Les tablettes de chocolat. Je dessine les cases vides des pages de mon livre. Cette étape peut paraître superficielle, mais elle permet d’avoir une vision d’ensemble du projet.
  • Le story-board. J’esquisse le contenu des cases avec des annotations sur le côté. Prenez le temps d’être précis dans la description des cases pour vous en souvenir.
  • Le scénario. J’écris le scénario, c’est-à-dire le texte qu’il y aura dans les bulles.

5. Rough - esquisser les planches avec les bulles

L'auteur en version Shamouraï qui dessine une planche.

Faites entrer l’artiste ! Équipé de vos supports préparés auparavant : synopsis, "séquencier", croquis de personnages et de lieux, tablettes de chocolat, story-board, scénario, c’est à vous de jouer. Préparer votre planche numéro une au format A3 ou B4 avec vos références, vos marges et fonds perdus, etc. Et lancez-vous. Crayonnez vos plus belles planches ! Avancez à votre rythme au gré de vos inspirations. N’oubliez pas qu’un manga ne contient pas moins de 200 pages environ donc il vous faudra vous armer de patience.

Certains artistes utilisent la mine bleue pour cette étape. Par convention, la couleur bleue disparaît lorsque votre document est scanné en noir et blanc. Cela permet de sauter l’étape de gommage qui, vous le savez très bien, peut mal se passer.

En ce qui concerne le manga Shamouraï, je réalise cette étape sur mon Ipad Pro. Je gagne ainsi du temps, de l’argent et de l’espace de stockage. Parce que oui, des planches de dessins, ça prend de la place.

Une photo d'une planche en recherche pour les tomes avenirs. Moyens utilisés : Sur tablette Ipad Pro et l'application Procreate.

6. Correction orthographique et relecture

L'auteur en version Shamouraï qui tient son téléphone est se fait accabler par la correctice orthographique.

À la fin de chaque chapitre, j’effectue une relecture et je corrige les fautes d’orthographe, mais il se passe un phénomène que je ne saurais expliquer. Lorsque j’ai le nez dans mon projet depuis des semaines, je ne remarque ni les fautes, ni les faux raccords et je ne vous parle même pas du sens ou de la compréhension du récit. Je me mets à douter très fort. C’est pourquoi il est très important de faire relire et corriger votre manga par une autre personne. Personnellement, je fais appel à mes sœurs, mes correctrices, qui grâce à leur regard aguerri et nouveau sur l’œuvre, remarquent instantanément les erreurs et me passent un savon dès que l’occasion se présente.

Une photo du fichier partagé pour la correction orthographique.

7. Encrage et trames

L'auteur en version Shamouraï qui dessine sur sa tablette.

Dans cette étape, les auteurs professionnels disposent d’une équipe d’encreurs à leur service, mais si ce n’est pas votre cas, vous allez devoir vous y coller. L’encrage n’est pas seulement le fait de repasser à l’encre vos traits crayonnés. C’est l’étape où vous concrétisez votre vision de la scène. Et pour cela, vous avez à votre disposition tous les moyens nécessaires.

  • L’encre pour le dessin, les hachures, l’épaisseur des traits, etc.
  • Les trames pour les ombres, les décors, les fonds pour les effets…
  • Gabarit de lignes de vitesse, d’ambiance…
  • Pictogrammes d’émotion, d’onomatopée…
  • La peinture pour donner des tons de couleurs, des textures…
Une photo d'une planche encrée avec le matériel nécessaire à son réalisation.

À chaque planche, il faudra gommer les traits (sauf si vous avez utilisé une mine bleue), scanner vers votre ordinateur, nettoyer via un logiciel de graphisme et la stocker dans un dossier bien organisé.

Une photo de la tablette et le stylet.

Toujours sur Ipad Pro, cette étape peut être simplifiée par une réduction de l’opacité du calque crayonné et de la création d'un calque pour l’encrage que je place au-dessus.


8. Mise en page de la maquette

L'auteur en version Shamouraï qui s'affole sur tout les terrains pour boucler le projet.

Toutes les planches sont terminées, il faut maintenant assembler le tout dans un logiciel de PAO (Publication Assistée par Ordinateur). La configuration des paramètres du document est très importante. C’est pour cela qu’avant de vous lancer, je vous conseillais d’établir une fiche avec les aspects techniques de votre manga : les dimensions, les fonds perdus ou encore les marges et le format du fichier avec lequel l’imprimeur travaille. Il ne vous reste plus qu’à insérer vos planches, vos textes et exporter votre document. Rassemblez tous vos fichiers dans un dossier bien organisé sur votre ordinateur.

Une photo du maquettage en cours du tome 3. Moyens utilisés : L'application Affinity publisher 2 sur macbook pro.

9. Les mentions légales

L'auteur en version Shamouraï qui gère tranquillement la paperasse devant son ordinateur.

Votre livre est enfin prêt, mais il reste une petite chose à ajouter, les mentions légales. C’est obligatoire. C’est la carte d’identité de votre ouvrage. Et pour cela, votre livre doit avoir :

  • Votre nom ou votre pseudonyme d’auteur ou celui de l’éditeur
  • Votre adresse postale ou domiciliation ou celle de l’éditeur
  • La mention « dépôt légal » suivie du mois et de l’année de ce dépôt effectué à la BNF
  • Un numéro ISBN qui servira aussi pour la création d’un code-barres et donc d'un prix unique
  • Le nom et l’adresse de l’imprimeur
L'auteur en version Shamouraï qui pointe à l'aide d'un lazer sur une photo les obligations légales.

Un livre doit être enregistré à la Bibliothèque Nationale de France pour ceux qui souhaitent enrichir le patrimoine. Il faut passer par le site internet afin d’enregistrer votre ouvrage et obtenir un formulaire :

Ensuite, vous devez disposer d’un exemplaire de votre livre physiquement pour l’envoyer par voie postale à l’adresse figurant sur le formulaire que vous joignez au pli. L’envoi de votre ouvrage est gratuit, il faut inscrire ceci à la place du timbre :

« Franchise postale - Dépôt légal - Code du patrimoine Article L132-1 »

Vous devez ensuite attendre la notification de la BNF vous indiquant que votre manga est bien enregistré pour le vendre. Pour plus d’informations, je vous conseille de consulter le site internet de la Bibliothèque Nationale de France.

N’oubliez pas qu’à partir du moment où vous vendez, il faut le déclarer au Trésor Public.


10. Publication

Une photo de ma bibliothèque avec mes mangas qui trônent dessus.

Félicitations ! Votre manga existe parmi les innombrables ouvrages en tout genre. Il appartient désormais à votre communauté et, c’est vous qui en êtes le garant. Vous avez la lourde responsabilité de ce que vous avez créé.

Moyens utilisés : Amazon KDP

Tout ce que j’ai présenté ici correspond à mon style de travail et n’est pas une référence universelle. Je partage gratuitement mon expérience. Pour la petite anecdote, j’ai recommencé 13 fois, le chapitre 1 et 3 fois le tome 1 avant de trouver les bons réglages. Tout cela, car je jongle entre mon travail qui me prend beaucoup de mon temps et ma passion que j’exerce sur mon temps libre.

Si vous avez besoin de plus amples informations, je suis disponible sur Instagram (lien en pied de page du site).

À bientôt mes cher(e)s Shakamas!

L'auteur en version Shamouraï qui relit ses manuscrits la fameuse balle de tennis de la reflexion à la main.